Stuc et Tadelakt, enduits étanches et décoratifs, classiques des pièces d’eau


Régulièrement des gens me contactent pour me demander des devis.

Je commence d’abord par leur poser quelques questions d’ordre général, puis aborde avec eux les choses un peu plus en profondeur. Nous questionnons ainsi leurs sensibilités, leurs attentes techniques, leurs budgets...


Concernant le Tadelakt et le Stuc, nos connaissances sont souvent limitées aux recherches qu’ils font sur internet, ou aux consultations des revues qu’ils ont parcourues dans les salles d’attentes de leurs médecins. Ils y a ainsi parfois quelques confusions.


Voici donc un rapide historique pour le plaisir de remettre les choses dans leurs contextes :


Si ma mémoire est bonne, c’est dans mes cours d’histoire de l’art à l’EEAM que j’appris qu’initialement les artisans maghrébins de l’Antiquité se fournissaient en chaux en commandant la matière première en Italie, où l’on produisait alors la chaux aérienne nécessaire au travail de tous types d’enduits et notamment des stucs.

Or un jour les bateaux ne traversèrent plus la mer (pour des raisons commerciales ou géopolitiques sans-doute), il fallût donc trouver un autre moyen pour maintenir leurs activités. C’est alors qu’ils produisirent la chaux de Marrakech, qui donna naissance au Tadelakt. Cette chaux, assez rustique, est composée de grains d’origines et de tailles très différentes, et nécessite d’être appliquée assez épaisse, ce qui implique une micro-fissuration, celle qui donnera tout son charme à la texture de ce fameux enduit une fois serrée/lissée au galet et au savon noir pour parfaire son étanchéité.

Le Stuc, lui, est fait à base de chaux aérienne (traditionnellement en pâte) et de poudre de marbre. Il a une composition très régulière, et permet d’être appliqué en passes très fines, qui ne fissureront pas.



Ces deux enduits revêtent des aspects lisses et doux, presque soyeux, et deviendront dans le temps très résistants. Si impacts ou mouvement du bâtit il y avait un jour, ils seront retouchables à l’aide de restes de pâte recouverts d’eau et conservés ainsi des années dans des récipients étanches. Ses reprises, au fil du temps, lui donneront tout son charme.


"Les poètes-voyageurs" rêvent de Tadelakt, ils aiment l’effet bosselé et micro-fissuré de sa surface, souvenir d’un séjour au Maroc, d’une photo vue dans un livre les transportant en contrées lointaines ; ceux-là, s’ils n’ont pas le budget au moment de notre entretien, mettront peut-être des mois à rassembler les sommes nécessaires à ce projet. Les choses s’étireront alors dans le temps jusqu’à se réaliser un jour ou un autre.


"Les esthètes-économes" verront les choses différemment. Le coût du Tadelakt les freinant je leur montrerai divers échantillons de Stucs, au rendu certes plus régulier, mais tout aussi étanche. Ils seront souvent charmés de pouvoir garder le caractère lisse de leur surfaces tout en restant sur des formulations naturelles et artisanales.


Pour précisions :

Tadelakts comme Stucs sont des termes désignant des finitions lissées étanches perspirantes très fines. Elles s’appliquent sur des surfaces méthodiquement préparées en amont, et, pour être assez résistantes dans le temps, sont exclusivement posées sur des supports ouverts, laissant passer l’eau comme l’air (pierre tendre, brique de terre cuite ou crue, enduits terre et chaux).

Si vous aviez un Placoplâtre, un Fermacell, ou un ciment, pour une finition de ce type il faudra envisager de démonter la surface concernée par le projet afin de revenir au support initial, ou conserver l’état actuel et passer avec des enduits adjuvantés (je vous inviterai alors à vous adresser à un autre artisan, car je ne fais personnellement pas ce genre de choses).

Dans l’ordre donc, depuis le support de base, je réalise si nécessaire un redressement du mur, un gobetis d’accroche, et un corps d’enduit, puis attends jusqu’à séchage complet du tout.

Les jours précédents la réalisation du Tadelakt comme du Stuc, je viens humidifier correctement les murs, pour enfin poser un enduit mince et 2 passes très fines de finition que je traite au savon noir.

Enfin, près de 2 mois plus tard, une fois que la carbonatation est bien engagée, je reviens, par précaution, passer de la cire à la lisseuse et au chiffon doux.



Tadelakt comme Stuc nécessitent un soin particulier de l’artisan, qui s’étale dans le temps….il faut en avoir conscience avant de se lancer dans une telle aventure !


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Entretien :


Eau tiède et savon noir passés à l’éponge douce, puis séchage/lustrage au chiffon doux (micro-fibre recommandée).


Ne pas utiliser de vinaigre, comme la chaux est basique elle craint l’acidité. Les détergents synthétiques sont évidemment proscrits, ils risqueraient éroder le revêtement plutôt que d’en prendre soin (tout comme le reste du vivant d’ailleurs).



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